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RECTO / OTCER

Samedi 11 Avril 2015 - Dimanche 31 Mai 2015
Francesca CARUANA
  • J’ai souhaité aborder ce travail en prenant en compte ce qui m’avait construite jusque-là, et les intérêts plastiques qui me font créer au quotidien. Regard en arrière et présent incertain.

    Eduquée par Supports/Surfaces, j’ai toujours aimé le ‘s’ du pluriel de ces termes, ce qui m’a calée pour longtemps  entre rigueur conceptuelle et plaisir du geste.

     

    A la croisée d’images et  de mots,  j’ai intitulé initialement mon exposition Recto/Verso tout en sachant que la vision dessus et derrière coinçait la chair de la peinture dans de l’infra-mince. Il y avait autre chose, indicible. Puis un ami m’a suggéré « Otcer », anagramme de recto, plutôt que verso.  Vision si pertinente du repli de soi-même, et non sur soi.

    Recto, ce visible donné à voir à tous, qui affiche l’épaisseur de son corps, à l’image de notre présent et de ma propre antériorité plastique. Puis otcer a pétri sa version du verso, au plus près de la relation entre dire et faire… Verso devint un bavardage.

    Otcer s’affirme : les œuvres actuelles confirment différemment les signes surgis du passé.

     

    Depuis longtemps posée, la remise en cause assidue de la peinture, de ses bords, son cadre et ses formats, de sa continuité, s’impose à moi…cette opération mentale inouïe consistant à déposer des formes et couleurs sur une surface plane. Peinture figurative ou pas, la planéité est l’arbitre du sujet. Puis la question s’est enrichie par la suite après ma rencontre avec une culture exogène (Kanak en particulier).

     

    Peindre s’assortit d‘installations, d’objets  d’écritures ou de photos, qui permettent de commenter autrement les accidents narratifs de la peinture. Car il faut s’assurer que la narration n’ait rien à dire. La peinture ne peut plus rien raconter. Elle est l’image des processus intentionnels du peintre, accidentés eux-mêmes par le hasard, la sensibilité désarmée, par la gouvernance du support et des matériaux, par l’intelligence des rencontres.

     

    Pour cette exposition, certains de mes gestes picturaux répondent à des repères culturels Kanak rencontrés dans le passé, liés à des repères de ma propre culture occidentale (visage/masque, peinture /igname-tressage, suspensions/monnaies, bâtons/bâtons rituels, installations /mythes.

     

    Ainsi, des grimaces (faites avec soin en 1976 ! au sein des beaux-arts) ont fait collusion avec différentes zones d’inscription du masque Kanak, le geste de couleurs a pris les formes de l’igname ou du tressage, les suspensions ont gardé la structure des monnaies traditionnelles, les bâtons s’illustrent dans le combat des mémoires et les installations subliment le choc entre mythes !

     

    L’exposition se présente donc sous cet angle du recto / otcer  banal, temps passé / temps présent, le dessous des créations: le portrait-masque, la colonne-bâton, le symbole-igname, le mythe-objet, le tressage-dessin… figures emblématiques de cultures croisées.

     

    Le masque, l’igname, le bâton, le tressage, le mythe, qualifient « l’otcer » de ma pratique actuelle.

    Un verso dans l’identité même du geste, verso de toute intention plastique, le présent du temps passé, l’actualité visible du musement.

     

     

     Francesca Caruana- décembre 2014.

  • Geste rouge, 2014. acrylique sur toile libre, 130 x 130 cm
    Igname vert, 2014. Acrylique et fusain sur buvard industriel, 230 x 112 cm
    Tressage rouge 1, 2015. Acrylique sur toile, 150 x 110 cm