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CROWDS

Samedi 12 Octobre 2013 - Jeudi 19 Décembre 2013
Juan GENOVES
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    « J’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas de raison pour que la peinture soit exclusivité d’une élite, mais, au contraire, qu’elle devait servir à entrer en contact avec les gens. C’est ce que j’aimais dans le Pop Art, mais en même temps je voulais faire un art critique et socialement engagé »Juan Genovés.

    Les œuvres sont trompeusement simples et sciemment sorties du contexte et chargées d’ambiguïté quant au mouvement et à la motivation. En les regardant nous pensons inévitablement à des barrières, des images de frontières politiques ou idéologiques que l’artiste délibérément préfère ne pas révéler, nous viennent à l’esprit. Pour cela, sur un ton moins déclamatoire, mais non moins provocateur que celui des icônes irrévérencieux de le Pop Art, un demi-siècle après, les échos de la peinture de Genovés de la moitié des années 60, résonnent toujours avec la même force. Entre ses mains la masse humaine devient un produit anonyme et récurrent de l’histoire- foncièrement récurrent, en fait-. Le pouvoir, la persécution, la résistance ou le déplacement sont quelques-uns des thèmes éternels d’une œuvre qui continue d’émouvoir le spectateur, indépendamment du lieu où il se déplace : que ce soit le Madrid des 60, le Berlin ou le Pékin des 80, le Caire ou n’importe lequel des cadres du  Printemps Arabe de 2010. L’histoire ne s’empare pas seulement de l’œuvre de Genovés, mais en plus elle la recrée.

    La principale contribution de Genovés à l’art Pop a été de mettre en forme le concept de « masse humaine ». L’art Pop, en concret l’américain, tend à recréer le concept de masse à travers d’objets de consommation et icônes culturels depuis la perspective du consumérisme et l’ironie. La série de boîtes de conserve de soupe ou les boîtes de Brillo d’Andy Warhol sont le reflet de cette compulsion consumériste récurrente qui  devient effroyable quand on la déplace à des scènes de traumatisme ou de violence – comme il arrive dans White Burning Car ou dans Race Riot (les deux de 1965). Cependant, ces qualités warholiennes de distance, détachement et indifférence ont dû représenter un luxe inabordable pour tout jeune artiste de l’Espagne de l’époque.

    À ce moment-là, Genovés avait déjà commencé à expérimenter timidement avec ses tableaux de foules. Encouragé, dans un premier temps – et là réside l’ironie -, par une commande d’une des Directions Générales du Régime franquiste, Genovés s’est arrangé, en accord avec les demandes de la partie contractante, pour trouver la manière de remplir les images avec de plus en plus de figures – en se servant de coupures, pochoirs et sceaux- pour recréer cette atmosphère de productivité pleine de vie qu’on lui demandait. Sa grande réussite a été d’adapter l’esthétique pour la faire coïncider avec ses propres convictions politiques.  Dans ces scènes où la nature de la foule est  intentionnellement ambigüe, on respire, par-dessus tout un climat de fatalité. Formellement, Genovés a toujours cherché à garder un haut degré de détachement motivé par la certitude qu’il n’existe pas d’espace en blanc, ni de multitude immobile, ni de pouvoir dominateur bienveillant. Telle est la grande contradiction que renferme son art, partagée de bon gré avec le spectateur astucieux.

    Inévitablement, en contemplant ces peintures où la foule serpentante semble un tas de jouets pour dieux ou géants, viennent à notre mémoire des scènes de masses humaines immortalisées par Sergei Eisenstein ou  Cecil B. De Mille. Son influence cinématographique reconnue relie Genovés à d’autres collègues du mouvement. Il est pourtant sûr que l’idée, inhérente au Pop, de l’artiste détaché, comme une espèce de comédien duchampien, perd de sa valeur pour des œuvres qui après six décades sont encore interprétées comme une ode prolongée à l’homme normal. Vers où se dirige cette sorte d’hommes-fourmis ? Tout ce va-et-vient sans raison apparente, sans fin… Il se peut que nous nous sentions épuisés par ce mouvement perpétuel, par l’inexorable irrésolution exprimée dans l’œuvre de Genovés, mais c’est en fin de compte le trait qui le définit. Nous revoyons l’œuvre pour sa beauté, évidemment, mais nous le faisons également attirés par son pouls, par le palpitement de son cœur, désireux de découvrir le sens des battements incessants et à la fois inquiets de crainte qu’ils ne s’éteignent.

    Martin Coomer

     

  • Barrière, 2009. Acrylique sur toile, 120 x 90 cm
    Bicentral (détail), 2012. Acrylique sur toile, 180 x 180 cm
    Dilaté (détail), 2012. acrylique sur toile, 120 x 150 cm
    Numéral (détail), 2012. acrylique sur toile 100 cm diam.
    Signalés, 2012. acrylique sur toile,  100 cm diam.
    Juan Genovés
    Juan Genovés
    Juan Genovés et Vicent Madramany
    Dos más dos, 1973. Acrylique sur toile, 150 x 135 cm
    Quatre + quatre, 1968. Acrylique sur toile, 35 x 35 cm
    Secuencias 64(Hommage 50e anniversaire des droits de l'homme), 1998. 232 x 200 c
    Visite scolaire
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