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Barbara EICHHORN

Samedi 08 Avril 2006 - Dimanche 04 Juin 2006
  • Barbara Eichhorn

    Ses dessins intimistes de personnes de son entourage familial ou de forêts feuillues, réalisés au fusain et au crayon, ont pour origine ses propres photographies ou celles empruntées aux journaux et revues qui lui servent de bloc-notes avant qu’elle ne les couche sur de grands formats de papier et, depuis 1988, directement sur les murs.

    UNE CONVERSATION AVEC BARBARA EICHHORN
    Maita Cañamás

    B. E. est née en 1965 à Freising, en Allemagne. En 1988, elle s’installe à Vienne où elle se consacre à des études de tapisserie, peinture et graphisme ; elle vit et travaille actuellement dans la capitale autrichienne. Ses dessins intimistes de personnes de son entourage familial ou de forêts feuillues, réalisés au fusain et au crayon, ont pour origine ses propres photographies ou celles empruntées aux journaux et revues qui lui servent de bloc-notes avant qu’elle ne les couche sur de grands formats de papier et, depuis 1988, directement sur les murs.
    Les créations de B. E. peuvent être classées, grosso modo, en plusieurs groupes : Mère, Forêt, Portraits dans la forêt, Portraits, Enfant (s). Cette brève énumération semble énoncer une complexe cohésion qui, examinée attentivement, révèle, elle-même, le processus artistique développé.
    Les travaux de ses débuts présentent un « trait obstiné », une ligne de fusain au tracé pâteux qui imprègne la superficie et confère aux dessins une atmosphère apparentée, en grande partie, aux agrandissements de photos en noir et blanc. La réaction du papier photo provoquée par le révélateur, l’impression obtenue lorsqu’on le soumet au bain révélateur, un papier spécial sur lequel commence à se profiler les images gravées par la lumière sont autant d’éléments dont le lien avec le tracé du dessin va au-delà de la simple association. B. E. fait souvent appel à la photographie comme prétexte à ses dessins et ces photos semblent imprégner l’œuvre de leur propre substance. La préférence pour des contrastes peu marqués peut surprendre comme, par exemple, celui que l’on peut observer entre le gris discret et le fond clair du support.
    Le dessin est ainsi perçu comme une composante de la photographie, comme une occasion gestuelle de composition basée sur le fait de savoir tirer profit du potentiel inhérent à la photographie. On a déjà beaucoup travaillé sur le processus inverse, c'est-à-dire, la voie qui va de la peinture à la photo pensée comme l’une des meilleures déclinaisons possibles de celle-la. Cependant, il est évident que ce processus peut-être inversé bien qu’en général, c’est la peinture plutôt que le dessin qui se trouve le plus souvent en position de subordination par rapport à la photo (cf. Richter).
    La plupart des jeunes peintres, lorsqu’ils choisissent de s’orienter vers le figuratif et l’objectif, ne peuvent ignorer ce qu’ils appellent un peu modestement « matériel filmé » ou « trouvé » (found footage). Le dessin, en revanche, s’affirme comme le dernier réduit d’un exercice ardu de coordination entre l’œil et la main qui aspire à la maîtrise totale, que ce soit dans l’étude de la nature ou dans l’expressivité et l’extravagance de ses traits. Quel sens possède un « dessin à la main » si cette dernière, au lieu de dicter la distribution ou la construction spatiale de la superficie, fournit à l’œil, habitué à la photo, au cinéma et à la télévision, les lignes préexistantes (ready made) d’une photo ?
    Même si l’on pourrait dire que, dans un dessin à la main, des éléments constructifs et expressifs doivent être une seule et même chose, cette proposition serait-elle toujours fondée si c’est la photographie qui est à l’origine du dessin ?
    Nous savons que Seurat, par exemple, dans sa peinture comme dans ses dessins, fait preuve d’une profonde obsession pour la « véracité » de la photo. Le dessin de B. E. s’inscrit résolument dans l’optique d’un concept artistique post-technique qui, considérant que les techniques visuelles possèdent toujours une relation substantielle avec un art qui transcende ses propres règles, n’hésite pas à utiliser le matériel photographique comme une sorte de « référence quasi-naturelle ».

  • Eichhorn 1
    Eichhorn 2
    Eichhorn 3
    Eichhorn 4
    Rote Decke Colcha Roja détail 2002
    1196
    1996
    1998
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